Aujourd'hui,

A L'HONNEUR

Bâtonnier de l’ordre des avocats du Burkina Faso de 2009 à 2012, Issouf Baadhio présidera aux destinées de l’Union internationale des avocats à compter d’octobre 2018, pour un mandat d’un an à la tête de cette importante organisation.

C’est lors des réunions du conseil de présidence de l’Union internationale des avocats (UIA) que le choix de l’avocat burkinabè se confirme pour diriger cette vénérable institution. Réunie le 28 octobre 2016 à Budapest, en Hongrie, l’Assemblée générale de l’UIA valide en effet le vote indicatif du 3 septembre 2016 en faveur de Me Issouf Baadhio. Une désignation qui reste conforme aux statuts de l’Union internationale des avocats, mais qui consacre, la toute première fois dans la vie de cette institution fondée en 1927, l’accession d’un Africain à un tel poste de responsabilité.
On comprend donc aisément l’émotion et la fierté de l’intéressé, désormais vice-président de l’auguste organisation jusqu’à son entrée en fonction comme président, et qui mène une brillante carrière internationale depuis plusieurs années. «J’éprouve un sentiment de parachèvement d’un parcours au sein de l’UIA, et de fierté d’avoir pu faire le consensus sur mon nom», confie du reste Issouf Baadhio au lendemain de son élection.

L’élève n’a cependant pas oublié son maître. «Le jour de mon élection à la vice-présidence de l’UIA, j’ai eu une forte pensée pour mon maître, le bâtonnier André Damien, pape incontesté de la déontologie de l’avocat, qui m’a préparé théoriquement et pratiquement à l’exercice de ce métier dont il m’a transmis la passion», confesse encore Issouf Baadhio. Maire de Versailles au moment où ce dernier faisait ses études de droit à Paris, en France, l’étudiant fut subjugué par ce doyen du barreau français et n’a manqué «aucun de ses cours de quatre heures du samedi matin pendant toute l’année»!

Dans la pratique, et en attendant de prendre ses fonctions en 2018, le futur président de l’UIA s’attèlera à coordonner — en relation avec l’ancien, l’actuelle et le prochain président immédiat de l’institution — «la gestion, l’organisation et les décisions à prendre pour l’UIA tant au quotidien qu’en perspective».

Méticuleux et précautionneux…
Titulaire d’une maîtrise en droit privé de l’Université Paris X (France), Issouf Baadhio est inscrit au barreau du Burkina en 1985. Homme de principe, méticuleux et précautionneux, il est plutôt réservé et sait faire la part entre l’essentiel et le superflu. Et s’il aime bien toucher un peu à tout, il rechigne en retour à s’embrigader dans les tendances. «Je suis amateur de tout sans être pour autant cannibalisé par tout ce qu’on peut voir», confesse-t-il.

Et lorsqu’après plusieurs tentatives infructueuses, ses pairs l’élèvent, le 20 juin 2009, à la «dignité» de bâtonnier pour un mandat unique de trois ans, le fils de Grégoire Baadhio avait salué… l’aboutissement d’un long cheminement qui a commencé à se préciser au cours de ses années de lycée. Même si dans son enfance, le jeune homme pensait d’abord devenir diplomate. Ou encore enseignant. Mais bien vite, Issouf Baadhio s’est également pris de passion pour les grandes émissions qui relataient des procès et ne ratait ainsi pas une miette de la célèbre émission radiophonique «Anthologie du mystère» de Pierre Billard, qui le fascinait au plus haut point! «C’était l’époque des grands débats sur les non-alignés et, très tôt, grâce à mon père, qui était abonné à un certain nombre de revues, je suivais passionnément l’actualité brûlante», se souvient-il.

Médecin vétérinaire de son état, Grégoire Baadhio («petit Ba» en peulh), son père, originaire de Bottou, à quelques bornes de Diapaga, à l’est du Burkina, exerçait déjà sa science à Madaoua, lorsque naît Issouf, dans cette localité de l’est du Niger, en 1956. Le jeune Issouf trace ainsi les sillons de son enfance au gré des différents postes d’affectation de son géniteur. Dans cette ancienne Afrique occidentale française (AOF), en effet, tout fonctionnaire pouvait être amené à servir dans n’importe laquelle des colonies. «J’ai connu une enfance tranquille, avec une perception d’un monde qui bouge», se rappelle Issouf Baadhio qui passe ses premières années de vie à Niamey, son père ayant été affecté dans la capitale du Niger alors qu’il n’avait qu’un an.

Aboutissement d’un long et brillant parcours
Aujourd’hui, après plusieurs années dans la corporation des hommes en robe noire, celui qui se définit lui-même comme «juriste de formation et avocat par vocation», et qui dirige deux cabinets — l’un à Niamey et l’autre à Ouagadougou, dans la capitale burkinabè —, signe un nouvel aboutissement dans sa riche carrière professionnelle. «Après avoir occupé des responsabilités importantes au sein de l’UIA, ce couronnement honore non seulement le barreau burkinabè, mais également le Burkina Faso», estime-t-il. Avant d’indiquer que… «cette élection va permettre au Burkina d’occuper une place crédible de premier choix au niveau de la corporation, qui pourra faire retomber sur le pays des projets liés à la justice et à la protection des droits humains».

En effet, l’Union internationale des avocats, dont le siège est à Paris, rassemble aujourd’hui plus de deux millions d’avocats sur les cinq continents. Créée en 1927, elle est ouverte à tous les avocats du monde, généralistes ou spécialistes, et regroupe des membres à titre individuel et collectif (barreaux, fédérations, associations) répartis dans plus de 120 pays. L’UIA, qui constitue, avec l’International Bar Association (IBA), l’une des plus prestigieuses organisations d’avocats au monde, réunit également les professionnels du droit, les juges, les enseignants et les étudiants en droit.

A la fois multilingue — l’UIA est la seule grande organisation internationale d’avocats à avoir adopté le français, l’anglais et l’espagnol comme langues de travail —, multiculturelle et professionnalisante, cette grande organisation, par ailleurs représentée aux principaux sièges des Nations unies (New York, Genève et Vienne), «suscite au sein de ses commissions scientifiques et groupes de travail des débats juridiques de hauts niveaux et émet des résolutions touchant les problématiques actuelles auxquelles est confrontée la profession d’avocat dans le monde».

Une visibilité non négligeable
Une plateforme de compétences et de crédibilité internationale qui devrait permettre au Burkina Faso, avec l’élection de Me Issouf Baadhio, de «connaître une visibilité non négligeable dans un domaine où l’Afrique n’est jusque-là pas très visible». Le continent africain dans sa globalité représente en effet un tiers des adhérents de l’UIA, mais demeure très peu représenté dans les instances de direction.

Aussi, Issouf Baadhio entend-il donner à son mandat «la spécificité d’une mission essentiellement axée sur le développement de l’UIA du point de vue de son rayonnement, avec une attention particulière pour notre continent en termes de recrutement et de collaboration avec les institutions susceptibles de concourir au développement de l’UIA, au regard de ses objectifs».
Le rayonnement de l’UIA tel que projeté par son futur président devrait en tout état de cause rejaillir sur son pays d’origine. «Sur le plan diplomatique, l’UIA est souvent sollicitée pour des missions importantes et délicates conduites par le président, et c’est l’image du Burkina qui s’en retrouvera rehaussée à travers cette fonction», précise le premier Africain qui assumera, bientôt, la présidence de l’institution.

Marié et père de deux enfants, Issouf Baadhio, ancien pensionnaire du Prytanée militaire du Kadiogo et du lycée Philippe Zinda Kaboré, 60 ans, est d’ores et déjà engagé dans la réussite de ses missions au plan international et de son prochain mandat à la tête de l’Union internationale des avocats.

Serge Mathias Tomondji

© Fasozine N°67, Janvier-Février 2017

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