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CULTURE

La 12ème édition du Festival international de danse, Dialogues de corps, a refermé ses portes le samedi 22 décembre 2018 après une semaine d’activités intenses. Plus d’un mois après l’édition 2018, quel bilan tirer de cette édition qui était placée sous le thème : « Territoires et imaginaires » ? Dans cet entretien accordé à Fasozine, Salia Sanou, directeur artistique du festival, fait le point…

Fasozine : Quel bilan dressez-vous un mois après la clôture de cette 12ème édition de Dialogues de corps ?

Salia Sanou : Le bilan est positif. C’était une douzième édition avec une programmation artistique assez jeune. Il y avait une présence de la jeune création, des jeunes talents et des créateurs chorégraphes. Il y avait aussi des devanciers tels que les chorégraphes confirmés qui ont aussi montré tout le travail et le savoir-faire avec cette envie de passer la main à la jeune génération.

On a senti une sorte de communion, de partage, de rencontre ; donc c’était une édition assez cohérente dans la vision de notre projet « Dialogue de corps ». Artistiquement, tous les spectacles ont été présentés et nous n’avons pas eu de grosses difficultés techniques. Le public a répondu au rendez-vous et on avait aussi des professionnels de qualité engagés et solidaires et qui avaient envie d’accompagner la création chorégraphique africaine.  Le bilan est très positif ; surtout avec la présence du public à cette édition nous voyons qu’on a construit petit à petit un public amateur et averti qui est présent pour admirer et critiquer le spectacle, pour aussi donner leur point de vue parce que je pense que c’est ce dialogue entre l’artiste et son public qui est très important.

Comment est née l’idée d’associer des réfugiés à Dialogues de corps ?

C’est un projet que nous défendons depuis 2015. Nous allons régulièrement dans les camps des réfugiés afin d’apporter un soutien et un réconfort à ces personnes vulnérables auxquelles le Burkina donne de l’hospitalité. Nous pensons qu’il est de notre devoir en tant qu’artiste d’aller dans ces camps de réfugiés ; ce qui permet à ces jeunes réfugiés de ne pas se sentir oubliés, mais de se sentir vraiment utiles. C’est dans cet état d’esprit que nous avons trouvé bon de les inviter à Dialogue de Corps afin qu’ils sortent de leur « prison à ciel ouvert » et de se retrouver dans un festival à Ouagadougou avec des participants, des étrangers et un public. Je pense que cette bouffée d’oxygène était très importante pour eux. Ils ont été très sages, très à l’écoute. C’était une présence humaine et Dialogues de Corps c’est aussi cela.

Vos objectifs ont–ils été atteints à travers les deux spectacles de la trilogie « Multiples S » ?

Je souhaitais de tout cœur présenter ces spectacles au public burkinabè parce que Germaine Acogny est une icône de la danse africaine. Elle a été la fondatrice de la première école de danse en Afrique sous Léopold Senghor ; et Irène Tassembédo et Lassann Congo, pionniers de la danse au Burkina, ont été formés dans cette école. Cela fait 30 ans maintenant qu’elle forme des danseurs burkinabè et elle est venue plusieurs fois au CDC La Termitière. C’est une habituée du Burkina Faso, donc c’était un honneur pour moi et important pour ce festival de la mettre à l’honneur en la mettant à l’affiche. Le spectacle « De beaucoup de vous » a été très bien perçu. Idem avec celui complémentaire avec Nancy Houston « De vous à moi » qui est aussi une femme âgée et qui a aussi une grande carrière d’écrivaine et de littéraire. C’était important que ces deux dames de la culture puissent être à Dialogues de Corps et cela a constitué un hommage à la femme.

Pourquoi avoir placé cette présente édition sous le thème « territoires et imaginaires » ?

La question de la migration s’est amplifiée depuis ces cinq dernières années et elle est au cœur des cités, des pays et des continents. Le monde entier est sous ce phénomène de migration choisie ou forcée. Il y a un bouleversement assez important et les pays sahéliens ne sont pas en reste de cette situation et il faut témoigner. Avec Territoires et imaginaires, l’idée était de donner la parole aux artistes pour qu’ils donnent à voir à travers des spectacles cette préoccupation majeure. Quels sont ces territoires qui nous impactent.  Et quand décide-t-on de partir ? En somme, c’est une sensibilisation à la jeunesse pour leur dire d’imaginer nos territoires dans un sens de vivre ensemble tout en créant des liens pour que nos territoires soient vivables et promoteurs.

Quelles ont été les principales difficultés ?

Dans l’organisation, il y a certaines choses qui restent encore à parfaire. Il y a eu des difficultés de salles. À ce niveau, la seule salle opérationnelle était celle du CDC.  L’institut français étant fermé, cela était très compliqué. L’Institut nous a dépannés avec leur matériel mais le Reem-Doogo, il faut se l’avouer, était une coquille vide. Je profite d’ailleurs pour lancer un appel à nos autorités sur la situation de nos salles. Nos infrastructures culturelles sont obsolètes et il faut les rénover.

Il y avait aussi des difficultés financières.  Cette édition s’est tenue sans un soutien de la commune de Ouagadougou même si le maire est venu nous soutenir.  Pour que les artistes burkinabè se sentent chez eux et pouvoir accueillir les autres, il va falloir à un moment que les pouvoirs publics mettent les moyens pour nous soutenir. Une opération comme celle-là, je pense que le mécénat doit être au rendez-vous. Investir dans la culture, c’est investir dans l’avenir comme dans l’éducation.

Qu’est-ce qui vous motive à ne pas abandonner malgré ces difficultés ?

C’est cette jeunesse créative qui a soif de raconter leur territoire, leur vie, leur pays et qui, malgré les difficultés, se bat en créant des spectacles et un dynamisme sur le continent africain. Quand on voit tout cela on se dit qu’il faut se battre pour que ces jeunes puissent se rencontrer, échanger et vendre leurs spectacles. 

Je pense que le Burkina, par la danse, à une place importante mais on ne s’en rend pas compte quand on est ici. À travers le monde, il y a 22 centres de développement chorégraphique, et le 22ème qui est sur le continent africain est à Ouagadougou. Je pense qu’à un moment, il faut qu’on prenne conscience qu’au Burkina, nous avons un centre de développement chorégraphique comme cela existe en France, en Allemagne, aux USA et que le seul pays en Afrique qui en dispose et qui répond à ces critères c’est le Burkina Faso. Quand je vois tout cela, je me dis qu’il ne faut pas laisser le bâton tombé. Il y a des difficultés certes, mais il faut avancer.

Que faut-il faire selon vous pour que nos États accordent de l’intérêt à ce que vous faites ?

On se bat et ce n’est pas facile. L’année passée, je ne sais pas combien de fois je suis allé au ministère, prendre des rendez-vous, parler et reparler. Ce travail, on va toujours le faire tant qu’on ne prendra pas conscience que l’art et la culture sont aussi un moyen d’émancipation d’une nation, tant que cela n’est pas compris, je pense qu’il faut continuer le combat. 

On est fier d’aller visiter les lieux prestigieux d’autres pays. Il ne faut pas oublier que cela a été un long combat chez eux et qu’il faut qu’on fasse pareil chez nous. Thomas Sankara a dit que quand un peuple perd sa culture il perd tout. Tôt ou tard, les autorités prendront conscience que nous sommes là et il va falloir faire avec cette jeunesse qui crie sa colère à travers leurs œuvres.

Par ailleurs, il faut que les mécènes, les entreprises et toutes les personnes qui disposent du pouvoir économique mettent la culture au centre des programmes. Nous lançons un appel à toutes les bonnes volontés pour qu’elles soutiennent la culture, la danse, le théâtre, la musique, etc.

Nous sommes ceux qui parlons moins mais nous parlons avec notre corps. Et je pense que c’est pour cette raison qu’on nous oublie aussi facilement. Nous faisons pourtant un travail sous terrain qui est très important et présent sur le plan national et international.

Quelles sont les perspectives pour Dialogues de corps ?

Le rendez-vous est pris pour 2020. Nous sommes en train de travailler sur notre programme d’action pour les trois années à venir et c’est dans ce cadre que nous annoncerons prochainement la date et le thème et les axes qui viendront renforcer le volet « marché des arts chorégraphiques » que nous avons commencé cette année.  Nous voulons que ce marché prenne de l’ampleur parce que tous les continents ont un marché de l’art chorégraphique et il n’y a pas de raison que l’Afrique n’en crée pas au vu du potentiel.

 

 

 

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