Aujourd'hui,

PARLONS-EN

Sauf coup de tonnerre de dernière minute, ils seront onze à concourir, le 23 avril prochain, pour le premier tour de l’élection française. Onze candidats qui s’empoignent déjà depuis des semaines, voire des mois, à travers des débats, sur les réseaux sociaux mais aussi sur le terrain. A l’arrivée, le 7 mai prochain, à l’issue du second tour de cette élection pour le moins atypique, un seul aura entre ses mains le ticket gagnant pour le palais de l’Elysée.

La course au fauteuil présidentiel français, c’est maintenant! Même si le pays est en pleine campagne électorale depuis de longs mois. Après les primaires à droite puis à gauche qui ont apporté leur lot de surprises, la consultation de cette année, plus que jamais lancée, sent bon le parfum de l’inédit. Avec des électeurs qui ne savent plus très bien à quel vote se fier, même si les incontournables sondages qui donnent au quotidien le tempo de ce scrutin continuent de pronostiquer un duel entre Emmanuel Macron et… Marine Le Pen au second tour, avec respectivement 26% et 25,5% des intentions de vote, selon le sondage «Rolling» Ifop/Fiducial pour Paris Match, CNews et Sud Radio publié ce lundi 3 avril 2017.

Ainsi, alors qu’il n’a jamais été candidat à une élection auparavant, Emmanuel Macron, démissionnaire du gouvernement en août 2016, brigue la magistrature suprême en prônant une ligne de «ni droite-ni gauche». En ratissant le soutien de diverses personnalités de gauche et de droite, le jeune homme de 39 ans — benjamin de la compétition — tient ainsi, aussi surprenant que cela puisse paraître, la corde de cette élection.

Quant au Front national de Marine Le Pen, il n’aura donc jamais été aussi près de remporter la mise élyséenne. Mais, indiquent encore les sondages, si sa qualification pour le second tour semble acquise, les chiffres ne lui sont pour l’heure pas favorables pour prendre les clés de l’Elysée. Comme en 2002 où, le 21 avril, Jean-Marie Le Pen, père de Marine et fondateur du Front national, a, lui, déjoué les pronostics pour se glisser au second tour de cette élection — 16,86% des voix, devant Lionel Jospin qui n’avait récolté que 16,18% —, avant d’être «rejeté» par un «Tous avec Chirac» (ou «Tout sauf Le Pen», c’est selon!).

Mais cette année, la fille, elle, est d’ores et déjà annoncée pour le second tour. Et elle fait beaucoup mieux que son père! Reste toutefois à savoir ce qui se passera dans l’entre-deux-tours, et la dynamique qui portera les deux qualifiés pour le sprint final. De toute évidence en tout cas, la France semble dessiner, pour l’après-présidentielle, une nouvelle configuration politique dans cette Europe tourneboulée dans un monde lui-même chamboulé, avec une montée exponentielle de tous les extrémismes.

Inédite? Oui, cette élection présidentielle l’est à plusieurs égards. François Hollande, le président sortant, n’est pas candidat à sa succession. Une première sous la Ve République en vigueur depuis 1958! En effet, n’ayant pu tenir sa promesse d’inverser la courbe du chômage, le «président normal» que la France s’est donné en mai 2012 a dû renoncer à remettre son mandat en jeu sous les coups de boutoir de la classe politique et de ses compatriotes, qui n’en finissent pas de peindre en noir son action à la tête de l’Etat. En attendant de passer le témoin, en mai prochain, avant d’aller méditer sur son quinquennat et d’écrire éventuellement ses mémoires, François Hollande assiste encore, impuissant, à la déchirure de son camp. Le frondeur Benoît Hamon, qui gagné haut la main la primaire de la gauche, est lâché par nombre de ténors de sa famille politique, le Parti socialiste, qui semble désormais moribond.

Et à droite, les affaires ont fini de saper le crédit d’un François Fillon, impérial de surprise lors de la primaire, et que l’on voyait tout bonnement déjà à l’Elysée. Seulement, cette satanée «Pénélopegate» est passée par là, et voilà «l’élection imperdable» de Fillon, désormais mis en examen — inédit! —, se transformer en élection problématique pour un candidat qui proclame sa «résistance» envers et contre tout, envers et contre tous, et qui se hisse tout de même aujourd’hui à la troisième place du scrutin avec 17% des intentions de vote. Mais derrière, c’est Jean-Luc Mélenchon — autre surprise — qui talonne le candidat Les Républicains en cristallisant 15% des intentions de vote, distançant ainsi le candidat socialiste, décidément à la peine avec seulement 10% d’opinons favorables.

Après le débat qui a réuni cinq des candidats «majeurs» de cette élection à l’issue complètement imprévisible, le grand débat qui jettera dans l’arène télévisuelle, ce mardi 4 avril sur CNews, l’ensemble des onze prétendants au poste de président de la République, constitue incontestablement, à dix-neuf jours du premier tour, un excellent baromètre et une formidable tribune pour positionner les uns, repositionner les autres ou encore déstabiliser davantage dans tel ou tel camp. Ce sera aussi un incroyable départ pour cet infernal compte à rebours dans la dernière ligne droite de cette élection présidentielle aux enjeux multiples.