Aujourd'hui,

PARLONS-EN

Même si l’on considère, sondages à l’appui, que presque la moitié des onze candidats à l’élection présidentielle française de cette année sont plus en vue que les autres — Emmanuel Macron (26%), Marine Le Pen (25,5%), François Fillon (17%), Jean-Luc Mélenchon (15%) et Benoît Hamon (10%), le débat de ce mardi soir peut complètement rebattre les cartes et décider… les indécis.

Election inédite, campagne incertaine, bouleversements possibles à tous les étages… Le premier tour de l’élection présidentielle française réserve encore bien des surprises, d’autant que 40% des électeurs restent indécis ou désintéressés à seulement dix-neuf jours du scrutin. Nombre d’entre eux ne cachent d’ailleurs pas leur envie de mettre un bulletin blanc dans l’urne, tellement leurs aspirations semblent aux antipodes des propositions et des arguments des prétendants à l’Elysée.

Il est donc évident que chacun des onze candidats fait les yeux doux à ce vivier potentiel, seul capable de faire basculer le résultat d’une façon ou d’une autre. Autant dire que l’ordre d’arrivée énoncé actuellement par les sondages peut encore changer d’ici le jour J. Ce qui fait aussi que le débat de ce mardi soir — une première! — qui engage tous les onze candidats à convaincre en direct à la télévision est crucial. D’abord pour les cinq «grands» qui auront fort à faire pour maintenir leurs positions. Ensuite pour les six autres prétendants, considérés comme les «petits» de la cordée — Nathalie Arthaud, François Asselineau, Jacques Cheminade, Nicolas Dupont-Aignan, Jean Lassalle et Philippe Poutou —, qui n'avaient pas pu débattre sur TF1 le 20 mars et qui ne concentrent à eux tous que seulement 6% des intentions de vote.

En effet, les premiers peuvent craindre de voir leurs acquis grignoter par les seconds qui, n’ayant rien à perdre dans cette élection, se montreront sans doute plus pugnaces et plus déterminés pour sublimer leur participation à cette compétition majeure. Ce forum qu’offrent CNews et BFMTV à tous les candidats à la magistrature suprême est donc d’ores et déjà un rendez-vous de tous les périls pour les uns, de la révélation pour les autres, et certainement de la décision pour nombre de Français, et notamment pour ces 40% d’indécis — soit un tiers des électeurs — qui feront la décision le 23 avril prochain.

Cette volatilité des électeurs préoccupe tous les camps politiques qui savent bien que chacun peut encore changer son choix préalable à l’issue de cette confrontation télévisuelle. Même si les «grands» candidats comptent sur un vivier solide qui n’entend pas jouer aux girouettes quelle que soit la physionomie de ce grand oral.

Mais le risque est là! Cette abstention record annoncée (autour de 35%, selon l’Ifop), qui accroît l’incertitude sur le premier tour de la présidentielle, ravive les souvenirs du syndrome du 21 avril 2002, lorsque Jean-Marie Le Pen a hissé le front national au second tour. C’est à juste titre et avec une certaine appréhension que l’on se demande actuellement, sur les bords de la Seine, si une situation similaire ne profiterait pas à… Marine Le Pen, quinze années plus tard, cette fois-ci pour entrer royalement à l’Elysée. Mais chut, on n’en est pas encore là…