Aujourd'hui,

PORTRAIT

A l’heure où certaines femmes de sa génération profitent de leur retraite, Zénabo Ouédraogo continue de livrer de l’eau à la force de ses bras, malgré des cheveux grisonnants dus à l’âge.


La mort de son fils, chauffeur routier, dans un accident de la route au Togo où il était allé chercher du carburant a été l’élément déclencheur. C’était au début des années 1980, bien avant la révolution. Zénabo Ouédraogo revenait tout juste de Korsimoro, village situé à quelques kilomètres de Kaya, le chef-lieu de la province du Sanmatenga et de la région du Centre-nord. Elle était allée chercher un peu de mil pour le revendre à Ouagadougou, quand elle a appris la mauvaise nouvelle.

C’était comme si le ciel lui était tombé sur la tête. «Je faisais du petit commerce et, en réalité, c’est lui qui s’occupait de moi. Mais quand il est parti, c’est moi qui devais maintenant prendre en charge ses enfants qu’il laissait orphelins. J’ai dû trouver une autre activité», se souvient  Zénabo Ouédraogo.

A l’époque, Wayalguin n’était pas encore loti. L’alimentation en eau potable de ce quartier de la capitale burkinabè était assurée par des puits et quelques bornes-fontaines. Les chefs du quartier d’alors, ayant eu vent des difficultés de cette mamie pour nourrir ses petits-enfants, décident de lui confier la gestion de l’une de ces bornes.

C’est ainsi que cette femme, arrivée de son Komsilga natal avec son époux dans la capitale à l’âge de 19 ans, s’est retrouvée à vendre de l’eau. 
Au début, se rappelle-t-elle, il a fallu rassembler les forces nécessaires pour pousser la dizaine de fûts de 200 litres que les ménages lui commandaient quotidiennement. Puis elle s’est adaptée. «Maintenant, je suis diplômée dans cette activité», confie-t-elle dans un éclat de rire. Une activité qui a du reste permis d’élever ses trois filles ainsi que ses petits-enfants, laissés par son fils. Depuis lors, la famille s’est considérablement agrandie. A cause des trous de mémoire qui caractérisent les personnes de son âge, elle met quelques minutes à répondre quand on lui pose la question de sa descendance: «J’ai treize petits-fils et 9 arrière-petits-enfants», répond-elle après avoir soigneusement compté.  

Depuis une quarantaine d’années, Zénabo Ouédraogo, née en 1938 d’après sa carte d’identité, trône toujours sur la même borne fontaine et ne songe nullement à la retraite malgré la baisse des commandes. Avec le lotissement du quartier, beaucoup de ménages ont de l’eau potable à domicile. «Au début, je livrais 20 à 25 barrique par jour. Maintenant, dit-elle, je ne livre plus que trois à cinq barriques d’eau par jour, à raison de 200 à 300 F CFA la barrique, en fonction de la distance.»

Aujourd’hui, ils sont encore nombreux les habitants du quartier qui s’étonnent de croiser l’octogénaire toujours arcboutée à une charrette, allant livrer de l’eau à la force de ses bras. Pourquoi aucune de ses filles n’a voulu reprendre son activité? «Elles sont toutes mariées et dispersées aux quatre coins de la ville», répond la mamie, plus que jamais reine de la barrique.

© Fasozine N°68, Mars-Avril 2017

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