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PORTRAIT

Appréciée pour son franc-parler, son humour et son sens de l’auto dérision, «La reine du handicap» — comme elle se surnomme elle-même — assume son infirmité et se bat pour la surmonter.

Marie-Claire Akoandambou à l’état-civil est un modèle de combativité. C’est dans la chorale de son église qu’elle pousse ses premiers refrains, encouragée par son catéchiste de père. Puis, cette originaire de Kampala, dans la province du Nahouri (Région du Centre-sud), se forge dans le domaine de la scène en reprenant des chansons en vogue lors de certaines manifestations. Et lorsqu’elle entame plus tard une carrière solo, les choses semblent bien lui réussir. En 2011, elle dépose dans les bacs à disques son tout premier opus de six titres baptisé «Dieu ne dort pas». Le moins que l’on puisse dire, c’est que Dieu n’a vraiment pas dormi pour celle que ses fans appellent «Reine Akoandambou» puisqu’elle dispose aujourd’hui de trois albums à son actif.

Dans son premier opus, elle invite les personnes handicapées à travailler car, explique-t-elle, «au vu des pesanteurs socioculturels, on voit qu’un handicapé est bon pour la rue. C’est pour cela que j’invite mes camarades à travailler, car Dieu n’est pas méchant; si tu as un membre défaillant, le substitut de ce membre est dans ta tête. Il faut savoir le déceler et en profiter. La plupart de nos œuvres sont d’ailleurs excellentes».

Comme tout artiste burkinabè, «la Reine du handicap» éprouve aussi des difficultés, surtout financières, pour la production de ses albums. Elle soutient qu’au Burkina Faso, c’est l’autoproduction qui marche, car les producteurs se font de plus en plus rares.

Handi-Talent
Marie-Claire Akoandambou est aussi la présidente de «Claire vision», une association de personnes handicapées. Portée sur les fonts baptismaux en 2004, cette association vise à créer un cadre d’échange d’expériences, d’informations et de communication, mais aussi des stratégies pour la promotion des personnes handicapées. Par ailleurs, elle ambitionne d’offrir une autonomie individuelle et collective sur le plan social, moral et économique. En outre, elle permet une meilleure insertion sociale de la personne handicapée vivant à Pô.

Un des leviers de la promotion et à l’épanouissement de la personne handicapée, c’est le festival «Handi-Talent» mis en place par l’association. Ce festival se veut un cadre pour montrer la capacité des artistes et artisans handicapés. «Nous avons envie de nous vendre et je crois qu’on a trouvé le bon marché», dit la promotrice. C’est lors de sa participation en tant qu’invitée d’honneur à un festival similaire à Dakar — «Handi Festival» — qu’elle a eu cette inspiration.

En 2015, sans soutien, «La Reine du handicap» lançait ainsi, avec toutes sortes de difficultés, la première édition de «Handi-Talent». Puisant dans sa foi en Dieu, elle rebelote l’année suivante, avec les mêmes difficultés. Ce qui ne l’a pas empêché de remettre ça cette année! Cette obstination devrait finir par payer: à en croire la jeune femme, le projet a fini par taper dans l’œil du président du Faso qui promet de soutenir les éditions à venir…

Une course tri-cycliste entre personnes handicapées, des conférences, des podiums pour des prestations d’artistes, des expositions d’objets d’arts confectionnés par les artisans handicapés, des échanges entre festivaliers sont les activités qui rythment les éditions de «Handi talent». Les derniers jours de chaque édition sont réservés à une sortie touristique avec pour objectif la découverte de différents sites du Burkina Faso et en particularité ceux de la ville de Pô.

Reine de l’humour
Reine Akoandambou est aussi la… reine de l’humour! C’est un moyen qu’elle utilise comme catharsis, une façon de dédramatiser sa situation, de surmonter son handicap parce que, explique-t-elle, «ce n’est pas chose aisée que de vivre avec un handicap». Ainsi, quand elle monte sur scène, elle aime à lancer cette phrase aux spectateurs: «applaudissez pour mon décalage (sa façon de marcher, Ndlr)».

Et si elle le fait, c’est aussi pour détendre l’atmosphère et encourager d’autres personnes handicapées à surmonter leur complexe. Sur le réseau social Facebook, Reine est très suivie par ses amis pour ses anecdotes drôles et les vérités qu’elle distille.

Elle puise ses forces de l’amour que lui portent ses proches, confie-t-elle. Car contrairement à d’autres enfants handicapés, Reine n’a pas connu de marginalisation dans sa famille, sa maman s’étant battue pour la soigner et pour la protéger de la poliomyélite — en utilisant de la graisse du boa, du lion et d’autres animaux — qu’elle a attrapée toute petite.

C’est plutôt à l’école qu’elle a souffert le martyre. Malgré son handicap, en effet, Reine Akoandambou était une élève studieuse et brillante. Ce qui avait le don d’irriter certains camarades de classe qui ne comprenaient pas «comment une handicapée peut être tout le temps première de classe» et qui n’hésitaient pas à lui porter des coups…

C’est d’ailleurs de là que cette cadette d’une famille de quatre enfants dit tenir son caractère de battante, elle qui ne mâche pas ses mots. «Reine préfère dire ce qui ne lui a pas plu et la vie continue», martèle la mère de la petite Olivia, qui vient de décrocher son BEPC cette année. 

A présent, elle met le cap sur l’avenir, caressant le rêve d’organiser «Handi-Talent» dans les 13 régions du Burkina afin de permettre à tous de vivre aussi le festival. Elle ambitionne aussi de l’ouvrir aux artistes handicapés des autres pays. A la condition qu’elle arrive à décrocher l’accompagnement d’un sponsor…

© Fasozine N°70, Juillet-Août 2017

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