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Reportage

Situé à une trentaine de kilomètres au nord-ouest de Ouagadougou, le village de Kienfangué, dans la commune rurale de komsilga, jouit d’une réputation qu’elle doit à son célèbre marché de viandes. Cette bourgade très courue du tout-Ouaga, surtout les jours de marché, offre en effet une diversité de menus charcutiers, objet de tous les superlatifs…

 


C’était un beau dimanche de mars 2016. Ce jour-là, le 13 mars précisément, la petite bourgade de kienfangué — du moré wa kienfangué, qui veut dire «rentre sauver» ou «libérer» — tenait son marché. Et comme toujours, le village de Fulgence Ouédraogo, rugbyman français d’origine burkinabè et fils aîné du prince héritier du trône, drainait du monde. Car même si Komsilga est le chef-lieu de la commune dont il relève, le village de Kinfangué jouit d’une grande notoriété, notamment en raison de son célèbre marché qui fait foule. «Un grand marché bien connu au-delà des limites de Komsilga», témoigne d’ailleurs à juste titre Léocadie Nacoulma Ouédraogo, préfet de Komsilga et présidente de la délégation spéciale de ladite commune.   

S’étendant sur 350 kilomètres carrés, la commune de Komsilga, qui abrite 53 108 âmes, est très active dans la culture maraîchère. Au point que «les gens de Ouaga viennent s’y approvisionner»,indique fièrement la responsable communale. Mais des 36 villages qui la composent, c’est celui de Kienfangué, situé à quelque huit kilomètres à l’est du chef-lieu, qui a le plus de retentissement, avec son marché qui, tous les trois jours, se transforme en véritable palais des viandes.Tout le monde vous le dira, déguster de la viande à Kienfangué est un pur régal!

Ce dimanche-là donc, jour de marché, Kinfangué s’éveille avec la joie au cœur tandis que les grilleurs de viande et de volaille chérissent à nouveau l’espoir de faire de bonnes affaires. La plupart des occupants des hangars s’activent, introduisant avec entrain les premiers gigots dans les fours, ou les exposant sur le feu des grillages. D’autres encore achèvent d’enlever la peau ou les boyaux des animaux, tandis que les vendeurs de dolo, fritures et autres charcuteries à cuisson rapide proposent déjà leurs produits aux premiers clients. La matinée est à peine entamée que le marché de kinfangué s’anime, recevant des visiteurs venus satisfaire leur curiosité, faire une commande ou prendre leur «petit-déjeuner». En attendant de savourer, bientôt, les quartiers de viande qui sortiront de la fournaise.

De la viande partout…
Côté sud du marché, le spectacle est saisissant.Un nombre impressionnant de boucheries et une variété tout aussi impressionnante de viandes jonchent la ruelle. On comprend mieux pourquoi le prince Sibiri Antoine Ouédraogo, en attente d’être intronisé chef, appelle cet endroit la «rue de la viande». Et pour cause! Entre 11 heures et 13 heures, le nombre de boucheries individuelles a presque triplé. Les vendeurs, grilleurs ou flambeurs de poulets, de viande sauvage comme le lièvre, la perdrix, etc., ont installé leur dispositif au sud-est du marché, juste en face du bar qui avait commencé, lui aussi, à refuser du monde.

De fait, le cœur de ce village bat au marché. Le jour J, tous les 2 400 habitants et plus du village fondé par Samandé, ancêtre venu de Mia, non loin d’Arbolé, se déportent au marché qui tient absolument sa réputation de «village des viandes». Du reste, confie le préfet de Komsilga, Léocadie Ouédraogo, «ils sont presque tous des bouchers à Kienfangué, même si certains font aussi du jardinage. Ils ont même un marché à bétail où les hommes viennent acheter des animaux vivants».

En tout cas, la «fête» de la viande est une réalité vivante à Kinfangué. Un vrai festin sous les arbres ombragés et sur la terrasse du bar attenant, avec un ballet incessant de quartiers de viande que les habitués ont pompeusement baptisés de noms de code sublimes. Ainsi, le côté ouest du marché n’est pas moins attractif. Là, on déguste à volonté, par exemple, «le ministre des transports» (viande de l’âne), ainsi que le «ministre de la défense» ou «ministre de la sécurité»(viande de chien). Et parfois, il faut se lever tôt, réserver sa commande pour espérer être servi, après de longues heures d’attente! 
A Kinfangué, près des trois quarts périphériques du marché sont occupés par les marchands de viandes, ce qui confirme sa réputation de «palais des viandes».

Juste à quelques mètres des vendeurs de viandes élevées au rang de «ministres», sont installées les vendeuses de fritures qui n’hésitent pas à accoster les passants pour essayer de les convaincre du délice que leur procureraient les beignets, gâteaux, poissons, crevettes… au fumet engageant. En plus de ces regroupements de commerçants de viandes aux alentours, de petites boucheries dont les promoteurs semblent cibler directement les clients des dolotières (vendeuses de bière de mil)trônent à l’intérieur du marché.

Parcours du combattant
Vers 14heures, se frayer un passage au sein du marché relevait déjà du parcours du combattant. Aux habitants de Kienfangué s’étaient ajoutés sans doute des Ouagavillois qui, en famille, en couple, ou encore entre femmes et filles, tentaient de faire le maximum de provisions de condiments. Car le marché de Kinfangué est également riche en légumes et fruits provenant sans doute pour l’essentiel de Komsilga.

Ces produits de jardinage sont exposés à l’intérieur, juste à côté du hall des étuveuses de riz, qui vantaient hardiment leurs produits, labellisés «riz naturel, sans produits chimiques de conservation, cultivé dans les rizières de Kienfangué».

Difficile en outre de parcourir le marché de Kienfangué ou de faire un tour dans les parages du bar voisin sans être frappé par l’image des petits enfants de moins de dix ans, tenant dans les bras ou portant sur la tête des produits divers qu’ils proposent aux visiteurs. Ces enfants n’hésitent pas à harceler les clients avec une insistance qui, nonobstant son caractère moins violent, tiendrait la dragée haute aux scènes à la limite agressives auxquelles se livrent leurs camarades parcourant les «neemiers», «manguiers» et autres espaces de bouffe et de gnole qui poussent comme des champignons dans la capitale burkinabè.

En tout cas, présents dès 7heures du matin, heure indicative à partir de laquelle les premiers étals et hangars du marché commencent à être occupés, ils y resteront jusqu’au soir, aux environs de 18heures, heure de baisse considérable de l’affluence, à en croire Issaka Zoundi, l’un des trois percepteurs du lieu de commerce. Ce dernier, qui s’occupe des marchandes de beignets et de soumbala (denrée obtenue à partir des fruits de néré), avoue que les recettes en termes de taxes varient selon les jours. Toutefois, il reconnaît que depuis que la contribution par vendeuse est passée de 10 F à 25 F CFA, les chiffres d’affaires ont grimpé.

Entre attraction, découverte et détente, Kinfangué reste, grâce à son marché, une localité qui fait le buzz tous les trois jours, avec un déferlement ininterrompu de viandes de toutes sortes pour la plus grande satisfaction des consommateurs et les amoureux de viandes «ministrables».

Par Juste Samba (avec SMT)

©Fasozine N°64 Juillet-Août

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